« L’urgence de ralentir » : Récit d’un changement de rythme salutaire…

Derrière cette oxymore, se cache une philosophie de vie que j’expérimente depuis quelques années… comme, heureusement, beaucoup d’autres à travers le monde…

Après des années à courir après une illusion du bonheur, de la réussite sociale et familiale, j’ai décidé à 30 ans de « changer de vie ».

Je travaillais alors à un poste « à responsabilités » bien rémunéré, reconnu par mes pairs et par ma famille. J’avais un enfant que je voyais peu, car il passait, dès l’âge de 3 ans, ses journées entières à l’école et la garderie de 8h à 18h. Je gagnais bien ma vie, mais je ne vivais que peu. Une maison à décorer, un look à peaufiner, des magazines à feuilleter… tout cela me demandait beaucoup de temps… Et du temps, j’en manquais, car je cumulais les heures de boulot et les réunions pour mille projets bénévoles…En plus de cela, à la maison, tout devait être impeccable, pour modeler le tableau de la femme parfaite que je pensais être…

Lorsqu’à 30 ans, je me suis posée la question suivante : qu’ai-je réalisé de mes rêves d’ado ? Qu’ai-je fait de 20 à 30 ans ? Et la réponse fut cinglante. Rien. Je n’avais rien réalisé de mes rêves secrets. J’adorais les aventuriers voyageurs mais n’avais jamais baroudé. J’adorais les artistes mais n’avais jamais osé créer moi même. J’avais envie de temps pour me poser et avancer intérieurement, mais je ne me laissais aucune opportunité de le faire… etc.

Changer de vie, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Se découvrir, savoir qui l’on est et ce que l’on veut, une fois le vernis social retiré, est le travail de toute une vie. Mais nous pouvons commencer pas à pas. Mon premier pas fut un divorce… Le second, des voyages sur le continent africain… Et puis il y eut le dessin, l’écriture de nouvelles, l’ouverture aux autres, le début d’une conscience écologique, puis l’engagement citoyen… Parce que prendre le temps de vivre m’a ouvert les yeux sur la Vie. Prendre le temps amène forcément à des questionnements sur nos priorités, sur notre santé, sur notre façon de manger, de consommer, d’être en relation avec autrui. Et donc nous conduit à des engagements différents.

Le pas le plus important dans ce changement de vie fut le changement de travail. Quitter ma place ne fut pas chose aisée. Elle était facile, reconnue, confortable. Mais j’avais envie de travailler autrement pour vivre autrement. Mon but principal était de disposer de mon temps comme je l’entendais. Même si je ne soupçonnais pas à ce moment là les répercussions que cela aurait sur ma vie… « Travailler moins pour vivre mieux », je n’imaginais pas tout ce que ça pouvait vouloir dire !

J’ai créé mon auto entreprise il y a 3 ans, et pour rien au monde aujourd’hui je n’abandonnerais cette liberté ! Je travaille avec les personnes que je choisis, dans des domaines que je choisis. Rien que cela, c’est une liberté, car comme nous le disons chez nous « la liberté, c’est choisir ses contraintes » ! Travailler à mon compte et le plus souvent à la maison me permet tellement d’ouvertures : avoir beaucoup de temps pour accompagner dans leur vie mes 2 enfants, sans les faire courir d’activités en activités mais en restant à l’écoute de leurs réels besoins ; cuisiner des produits de saison achetés chez des producteurs ou sur le marché où j’ai le temps de flâner ; nous soigner avec des remèdes naturels plutôt qu’avec le doliprane qui sauve lorsqu’on n’a pas le temps ; consommer différemment, beaucoup moins, chiner plutôt que faire les magasins ; être disponible pour les amis ou voisins qui passent à l’improviste à la maison, tisser ainsi des liens de proximité plus sincères et durables ; s’informer différemment, jeter la télé et écouter la radio ou lire les journaux plus souvent ; aller se promener dans la nature lorsque le corps le demande, faire des pauses lorsque notre horloge biologique en a besoin ; vivre au rythme des saisons, avoir du temps pour se promener chaque soir, et apprendre aux enfants les fleurs au printemps, les mûres et châtaignes à l’automne… ; avoir du temps pour soi, pour méditer, s’incarner, se connaitre, et ainsi vivre mieux avec soi et avec les autres…

Je n’ai sûrement pas fini de découvrir tous les bénéfices du choix de ralentir. Mais même s’ils devaient se limiter à 2 ou 3, je recommencerai !

A ceux qui aujourd’hui me demandent si je gagne ma vie, je réponds que non, je la vis !

Je réalise aujourd’hui la chance inouïe que j’ai eu de pouvoir faire ces choix. Mais je veux clamer aussi qu’ils sont à la portée de tous ! et que nous sommes souvent la plus grosse barrière à ces évolutions salutaires ! Faites vous confiance, faites confiance à la vie, et la vie vous sourira.

A travers le monde, nombreuses sont les personnes qui ont ouvert les yeux sur la nécessité de ralentir, qui travaillent moins, qui choisissent la « simplicité volontaire ». C’est à dire une décroissance choisie et non pas subie. Gagner moins d’argent, privilégier l’Etre sur l’avoir, modifier ses priorités, posséder moins par choix… et aussi s’ouvrir aux autres, s’inscrire dans un territoire, pour participer à un développement local différent. Ces choix sont éminemment politiques et citoyens : Ils permettent de s’extirper du rouleau compresseur de la société capitaliste individualiste, en privilégiant le développement de communautés locales solidaires et fraternelles. Ces communautés ont aujourd’hui un grand rôle à jouer dans la transition vers une société nouvelle, que le changement climatique rend inéluctable.

Et si La bonne r’humeur était un des symboles de cette communauté qui se met en place ici en Bièvre Valloire ?  😉

 

Pour aller plus loin, et ouvrir la thématique à un champ plus collectif et sociétal, vous pouvez prendre le temps de regarder ce documentaire sur ces « nouveaux rebelles qui construisent un rapport patient et fertile au temps » : « L’urgence de ralentir » de Philippe BORREL.


https://vimeo.com/105235701