Jouvenal, maison éthique ?

Amie des membres de la famille Jouvenal, célèbre pâtisserie chocolaterie installée à La Côte-Saint-André depuis plus de 100 ans, je connais leurs engagements personnels en faveur des valeurs qui nous tiennent à cœur à La Bonne r’humeur. Et je sais aussi comment ils transposent ces valeurs dans leur entreprise familiale. Alors pour vous faire connaitre cette maison artisanale de l’intérieur, au-delà des strass et des paillettes dont M6 l’a récemment couverte… quelques questions posées à la fille de la famille, Anne-Laure Jouvenal :

Anne-Laure, comment pourrions-nous présenter vos engagements écolo et sociaux aux lecteurs de La bonne r’humeur? Commençons par le volet environnement si tu veux bien :

Ok, tout d’abord parlons du choix des matières premières. Autrefois, du temps de mes grands parents et arrière-grands-parents notre entreprise fonctionnait avec des matières premières locales (oeufs des paysans voisins, fruits cueillis en saison par nos apprentis dans les vergers familiaux). Aujourd’hui, les normes d’hygiène et le droit du travail ont fait évoluer notre métier. Nous sommes donc extrêmement vigilants sur les fournisseurs de matières premières que nous sélectionnons, car il est capital pour nous d’être certains de travailler avec les meilleurs produits : cela se sent vraiment dans le produit fini !

Elles sont choisies de très bonne qualité et si possible locales. Les fruits frais de nos gâteaux viennent tous du « Petit coin de ferme », producteur de fruits et légumes à La Côte Saint André. Le beurre, le lait et la crème que nous utilisons pour toutes nos réalisations proviennent de la Laiterie Gilbert (Isère). La viande servant à réaliser les pâtés croutes nous est fournie par la Boucherie Beigner de La Côte Saint André…. Pour ce qui est du cacao, évidemment il ne vient pas de la Bièvre ! Mais nous travaillons avec des fournisseurs qui bien sûr n’utilisent pas de graisses végétales, juste du 100% pur beurre de cacao, n’utilisent pas non plus de lécithine de soja issue de l’agriculture OGM (émulsifiant utilisé afin de lier le chocolat). Et qui travaillent équitablement, voire même plus. Car non seulement ils rémunèrent au juste prix les producteurs de fèves, mais ils les paient mensuellement quelle que soit la récolte (là où beaucoup sont payés à la récolte) et ils font tout pour les former à la pérennisation des plantations (là où d’autres changent de producteurs de fèves sans scrupules).

Pour tous les produits que nous ne pouvons pas fabriquer (bonbons, dragées…), nous nous fournissons auprès d’entreprises françaises et de proximité. Ce sont des maisons auxquelles nous sommes fidèles depuis des décennies car nous apprécions la grande qualité de leurs produits !

OK ! Et à part la provenance des produits, quels autres efforts faites-vous pour protéger l’environnement à votre niveau ?

Déjà, on trie tous les déchets dans toute la maison, ateliers, magasin, bureaux… C’est pas grand-chose, mais c’est loin d’être le cas dans toutes les pâtisseries hélas !

Nous avons investi dans beaucoup de matériel lavable et réutilisable, pour éviter le jetable. ça c’est rare et c’est beaucoup ! Par exemple, nos macarons sont cuits sur des papiers de verre alimentaires réutilisables, ce qui permet l’économie de 5000 feuilles de cuisson par an ! Certains moules lavables sont moins pratiques, mais c’est une volonté de supprimer autant que possible le jetable.

La consommation d’eau est réduite au maximum, notamment avec des plonges faites plus intelligemment…

Les recettes ont été calculées de façon à utiliser complètement chaque produit entamé, et éviter ainsi un sacré gaspillage !

Nous avons peu d’invendus de gâteaux également, car avec le recul de notre ancienneté, nous connaissons les besoins de nos clients, et visons toujours au plus bas, pour là encore, éviter le gaspillage. Un amateur de gâteau aux fruits pourra toujours choisir un autre gâteau, au chocolat par exemple si il arrive un peu tard  !

Enfin, lorsque les collections sont terminées, les rubans, boitages, séries d’emballages sont réutilisés dans des emballages cadeaux…

Ah oui, je me souviens que tu m’avais expliqué tes recherches têtues pour trouver des emballages qui ne viennent pas de Chine ! Explique-nous :

Effectivement, nous ne voulions pas travailler avec des emballages chinois, premièrement pour le droit du travail et notamment celui des enfants, qui est souvent à mille lieues de ce que nous essayons de mettre en place ici dans notre entreprise. Deuxièmement car les normes environnementales ne sont pas les mêmes qu’en Europe, ne garantissant pas que les produits prévus pour l’alimentaire soient exempts de produits interdits ici, ni le tri des déchets induits… J’ai longtemps cherché des boitages français ou européens sur les salons pro de l’alimentation, et en ai trouvé avec beaucoup de difficulté. C’était souvent commercialisé par une boite en Europe, mais fabriqué en Chine… Et puis un jour, je suis tombée sur un fabricant de boitages espagnol. Quand il m’a parlé de son entreprise familiale, j’ai cru qu’il parlait de la nôtre ! Nous partagions les mêmes valeurs, alors depuis nous travaillons essentiellement avec lui, et sommes ravis de la qualité de ses produits. Pour l’anecdote, à Noël, pour assurer les commandes, ils font bosser les familles de leur village, redistribuant ainsi l’argent localement, le genre de truc qui nous plaît ! Nous travaillons aussi avec Elvicart, entreprise de l’Isère qui est super fiable !

Et sur le plan social maintenant ? Explique-nous pourquoi certains de vos 19 employés ont presque 30 ans de boite, pourquoi on se sent bien chez vous ?

Notre entreprise est familiale, c’est-à-dire que chaque nouvel employé est accueilli comme un nouveau membre. Nous sommes fiers d’avoir une équipe stable, qui se connait bien, et qui transmet notre savoir-faire aux plus jeunes, notamment via l’apprentissage. (NDA : Plus de 150 apprentis formés à la chocolaterie depuis sa fondation).

Ensuite, pour répondre plus en détail à ta question, ça serait bien que tu parles directement avec un membre de l’équipe non ?

Pas bête ! Patricia, vendeuse au magasin depuis 12 ans, a bien voulu se prêter au jeu :

Alors Patricia, est-ce que tu peux me dire, d’un point de vue gestion du personnel, comment ça se passe ici ?

Ça a super bien évolué ! Nous avons des entretiens individuels une fois par an, où on peut s’exprimer librement sur ce qui va ou pas, ce qui pourrait faire avancer la boite. On peut s’arranger facilement entre nous, nous avons toutes des enfants au magasin, on se comprend et on s’entraide. On se sent pris en considération, ça donne envie de venir bosser le matin. Par exemple, et c’est rare dans le métier, on a tous droit à 2 jours de repos consécutifs par semaine. Nos 4 patrons (NDLR : Pierre et Brigitte, Anne Laure et Franck Jouvenal) sont vraiment à l’écoute pour améliorer nos conditions de travail, le matériel utilisé… Ce n’est pas le cas partout, on a de la chance !

Et en effet, Anne Laure m’a donné à lire un audit qu’ils viennent juste de passer sur le volet social de leur entreprise. Audit offert par la chambre des métiers en version light, c’est-à-dire uniquement en interrogeant les dirigeants…, la famille Jouvenal a commandé un extra : interviewer tous les membres de l’équipe, un par un, afin d’avoir un audit complet et juste de leur Maison ! Il en est ressorti des points positifs comme négatifs, comme dans toute entreprise. Mais les points négatifs seront vraiment des axes de progression, car la capacité à se remettre en cause constamment est un de leurs réels points forts ! La bienveillance, le respect du travail de l’autre comme morceau du puzzle final, l’écoute des besoins et réclamations… tout cela Anne Laure et Franck l’ont renforcé et instauré comme règles de base dans la communication interne.

Alors bien sûr, tout n’est pas tout rose tous les jours, mais ça fait du bien d’entendre des patrons attentifs aux besoins réels de leurs salariés !