A la découverte de la Spiruline

Un peu d’histoire

Apparue il y a près de 3,5 milliards d’années, la spiruline est l’une des premières formes de vie sur terre. Longtemps appelée micro-algue, elle est en fait une bactérie, plus précisément une cyanobactérie, qui doit son nom courant de spiruline à la forme de son filament en forme de spirale.

Elle prospère à l’état naturel sous les tropiques, dans des lacs de faible profondeur, aux eaux saumâtres et alcalines, riches en carbonates et oligo-éléments.

Jadis, elle était consommée par les Aztèques qui la récoltaient dans les lacs de Mexico, comme le rapporte le journal de Cortès au temps de la conquête espagnole. La légende raconte même que l’empereur Moctezuma adorait le poisson de mer. Malheureusement son palais de Mexico se trouvait à quelques 300 kilomètres du Golfe du Mexique et à 2000 mètres d’altitude ! A cette époque le Nouveau Monde ne connaissait pas le cheval…C’est ainsi que des coureurs se relayaient, de la mer jusqu’aux cuisines du palais, pour apporter le poisson en un temps record. La spiruline constituait l’essentiel de la ration alimentaire de ces « coureurs de poisson ».

De la même façon, la spiruline était récoltée en Afrique par certaines peuplades du Nord-Est du Lac Tchad, les Kanembous.
De tradition immémoriale, les femmes Kanembous écrémaient la surface du lac et à l’aide de paniers tressés, recueillaient une sorte de bouillie verte. Elles creusaient ensuite des cuvettes à même le sable, sur les bords du lac, qu’elles remplissaient de la bouillie récoltée.
Une partie de l’eau s’écoulait dans le sable chaud et le soleil des tropiques faisait le reste en favorisant l’évaporation. En quelques heures, la bouillie verte se transformait en galette séchée et pouvait se conserver indéfiniment : le dihé.

Longtemps oubliée, la spiruline est redécouverte en Afrique au milieu du 20ème siècle.
Une expédition belge, partie établir des relevés topographiques au Sahara, et un botaniste français, Jean Léonard, membre du groupe, furent attirés par des sortes de galettes séchées, d’un curieux vert bleuâtre, vendues sur les marchés de Fort Lamy au Tchad. Ces galettes étaient bien de la spiruline séchée.

Il semblerait que cette Arthrospira platensis aurait nourri bien des peuplades africaines vivant à proximité de ces lacs et c’est par un étonnant concours de circonstances qu’on finit par explorer les possibilités de cultiver de la spiruline comme source de protéines alimentaires.
Ainsi naquit la culture commerciale de la spiruline.

Une production locale de spiruline à Moissieu sur Dolon

En France, on se félicite de disposer de la seule filière de spiruline artisanale au monde. On évite ainsi certaines importations de moindre qualité.
Toute première ferme aquacole et premier producteur en Isère, la « Spiruline du Dauphiné » ouvre ses portes et accueille groupes et visiteurs dans la serre de culture pour une visite passionnante (Jours et horaires disponibles sur le site www.spiruline-du-dauphine.fr)

Régis Genève, ingénieur agricole à la coopérative Agritabac pendant 15 ans, ne connaissait rien à la spiruline auparavant. Lorsque la production de tabac décline en 2010-2011, il cherche une piste de reconversion. Après plusieurs visites d’exploitations aquacoles et une formation en poche, il décide de s’installer en 2012 sur ses terres pour se lancer dans la production de spiruline. Sa femme Clotilde, elle aussi ingénieur agricole, le rejoint en 2015.
spiruline-bassinsAu printemps 2013, une première production sur 2 bassins voit le jour, puis l’année suivante, un troisième bassin est mis en eau. Depuis 2015, la serre de 1050m² abrite 4 bassins soit 720m² de culture. La production croît régulièrement selon les conditions climatiques extérieures pour atteindre l’été son plus fort rendement, soit 4 récoltes par bassin et par semaine. Régis et Clotilde Genève travaillent à plein temps sur le site et emploient 1 salariée pendant la période de production d’avril à octobre. Ils produisent l’équivalent de 800 kg de spiruline séchée par an.

Cultivée en eau de faible profondeur, en circuit fermé avec l’eau d’une source présente sur la ferme, dans des bassins sous serre, la spiruline profite de l’ensoleillement et de la chaleur saisonnière. La production s’arrête de novembre à mars car Régis et Clotilde ont choisi de respecter le cycle de la spiruline et de ne pas chauffer la serre.

Sa culture ne nécessite aucun produit phytosanitaire car le pH de l’eau la protège…naturellement !

De l’eau salée (4 à 5g/litre d’eau), brassée à intervalle régulier, un pH compris entre 10,3 et 10,5, une température avoisinant les 37°C, une alimentation composée de nutriments simples d’origine minérale : dans ces conditions optimales, la spiruline va doubler sa biomasse tous les 2 jours en moyenne.
spiruline-recolteLa spiruline est récoltée par filtration puis égouttée dans de grands tamis couverts d’un tissu au maillage spécial de 32 microns.

Cette purée verte, encore trop liquide pour être travaillée, est disposée dans des poches de toile et pressée à la manière des fromages sur des claies en bois durant quelques dizaines de minutes. La pâte verte va perdre ainsi 50% de son humidité. Elle va ensuite être extrudée : les longs spaghettis obtenus par extrudage sont mis à sécher sur des claies une dizaine d’heures, à température ambiante dans un local bien ventilé pour garder intacts les nutriments et les nombreuses vitamines.
spiruline-paillettesEnfin secs, ces spaghettis sont hachés et conditionnés en boite ou en sachet pour la vente. A chaque récolte, plusieurs échantillons sont prélevés pour analyse (comme pour le fromage) dans un laboratoire agréé par le COFRAC.

Des investissements importants ont été réalisés sur la ferme avec la construction d’une salle pour le traitement de la spiruline humide et une pour la sèche ainsi qu’une salle d’accueil pour les groupes et les écoles.

Engagés dans plusieurs réseaux nationaux (Spiruliniers de France, Bienvenue à la ferme) ou plus locaux, Régis et Clotilde Genève sont présents également sur les marchés des fermes, lors des foires et des salons, soit plus d’une quarantaine de dates en 2016 affichées sur le site !

La spiruline … un aliment exceptionnel !

Sur le plan diététique, cette modeste algue primitive contient plus de bêta-carotène ou provitamine A (15 fois plus que les carottes !), de fer assimilable (49mg /100g de spiruline), de vitamine B12 (qui intervient dans la multiplication d’ADN), d’acide gamma-linolénique (chef de file des Omega 6)…qu’aucun autre aliment connu à ce jour sur terre.

Elle renferme également toutes les vitamines du groupe B, de la vitamine E, antioxydant majeur (autant que les germes de blé), de la vitamine D, de la vitamine K (antihémorragique), du phosphore, du magnésium et autant de calcium que le lait !

Et ce n’est pas tout, la spiruline bat tous les records par sa teneur en protéines, hautement digestes et de grandes qualités (pour exemple, la viande renferme un taux de protéines de 20%, le soja 35% et la spiruline 70%).

Les protéines sont des grosses molécules composées de nombreux acides aminés. Tous les acides aminés sont présents dans la spiruline y compris ceux que l’organisme ne peut fabriquer, dits essentiels. Ces protéines, véritables matériaux de construction de la cellule, agissent comme des briques avec lesquelles le vivant s’élabore, les vitamines et minéraux en sont le ciment.

La spiruline contient aussi bien d’autres substances précieuses : les pigments ! Ce sont des antioxydants !

La spiruline contient plus de 1% de chlorophylle (pigment vert)…c’est l’un des taux les plus élevés du règne végétal !

Elle est très riche en un pigment bleu : la phycocyanine (cyan = bleu) joue un rôle bénéfique sur la santé des êtres vivants qui l’absorbent et stimule le système immunitaire.
Le jaune, le rose, l’orange est le fait des caroténoïdes (dont le fameux bêta-carotène !). Les caroténoïdes représentent l’une des plus grandes richesses diététiques de la spiruline.

Les bienfaits de la spiruline

La spiruline n’est pas un médicament et ne remplace pas un traitement médical !
C’est un super-aliment !

De par ses richesses inégalées, la spiruline permet de combler les carences alimentaires et de stimuler le métabolisme. Elle joue un rôle non négligeable dans le bon fonctionnement du système immunitaire. Elle améliore le tonus, la vitalité et favorise la récupération (après une maladie, un traitement lourd, une compétition sportive…)

De par ses qualités nutritionnelles remarquables, cette petite algue du désert pourrait aussi bien profiter à ceux qui souffrent de la faim dans le monde, qu’à ceux qui souffrent de maladies dites de « civilisation ».

Bénéfique pour les enfants en bas-âge ou en pleine croissance, femmes enceintes ou allaitantes, personnes anémiées, convalescentes, âgées, travailleurs de force, sportifs, personnes suivant des régimes alimentaires, la spiruline peut être consommée à tous les âges et à toutes les périodes de la vie.

Dépourvue de paroi cellulosique, la spiruline est parfaitement digeste crue ou séchée et quelques grammes par jour suffisent pour rétablir les équilibres.

Contre-indications : sa richesse en fer hautement assimilable n’est pas recommandée en cas d’hémochromatose (maladie génétique) et comme elle est riche en vitamine K (antihémorragique) elle est déconseillée aux personnes souffrant de maladies cardio-vasculaires dont le sang doit être fluidifié.

La spiruline joue un triple rôle : elle nourrit, détoxifie et stimule le système immunitaire.

Spiruline et malnutrition

La spiruline fait partie aujourd’hui des programmes humanitaires de l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé). De nombreuses ONG (Organisations Non Gouvernementales) soutiennent également le développement de sa culture. Le transfert des connaissances et des technologies relatives à la production locale de spiruline recèle un excellent potentiel dans la lutte contre la malnutrition.

L’autoproduction de spiruline devrait devenir une priorité pour les pays en développement et venir en complément des productions alimentaires classiques.
Moins gourmande en eau, indemne de parasite, nul besoin de terre fertile ou de machines agricoles, la spiruline peut être produite toute l’année et peut être conservée plusieurs années une fois déshydratée.
La ferme la « Spiruline du Dauphiné » de Régis et Clotilde Genève apporte aussi son soutien à une association oeuvrant en Centrafrique en prodiguant des conseils issus de leur propre expérience et par l’envoi de surplus de matériel.

Avec ses qualités agronomiques durables, son niveau de rendement exceptionnel et tous les nutriments qu’elle apporte, la spiruline pourrait bien être inscrite au menu de demain.

Et si la spiruline s’invitait aussi dans nos assiettes

La plupart du temps, on la prend sous forme de paillette à avaler avec un verre d’eau, de jus de fruit ou de légumes (la spiruline étant dépourvue de vitamine C, c’est une bonne formule que de l’associer aux fruits et légumes qui en sont riches).
Sans doute la meilleure façon de la consommer est de la manger crue (car inodore et goût neutre), tartinée sur du pain grillée avec des rondelles de tomates, d’oignon, un filet d’huile, une pincée de sel…mais sa conservation à l’état frais est de 24 heures maximum…

En paillette, ainsi déshydratée, la spiruline se conserve 2 ans et se prête à toute imagination…On évite quand même de la chauffer si on veut garder intactes les vitamines !

On peut la saupoudrer sur les salades, la mixer avec de l’avocat, l’incorporer dans une soupe, des légumes, l’ajouter au yaourt, au fromage frais, faire une sauce pour les spaghettis ou en faire un dessert.

Si on veut jouer les Alain Ducasse et Laurence Salomon et utiliser la spiruline en cuisine…Pas de soucis, nous partagerons avec grand plaisir vos recettes sur la bonne r’humeur !

En attendant sur les marchés des fermes, Régis et Clotilde Genève vous préparent quelques spécialités « fait-maison » : la cervelle des Canuts et une étonnante pâte d’amande verte à la spiru … dont voici les recettes.

Pour la cervelle de canuts à la spiruline :
–          Quelques faisselles
–          Une vinaigrette relevée à la moutarde et à l’oignon
–          De la ciboulette
–          1 cc de spiruline
–          Quantités : au pif selon quantité et consistance souhaitées
–          Tout mélanger

Pour les carrés d’amandes à la spiruline :
–          125 g de poudre d’amandes
–          50 g de sucre glace
–          1 cc de spiruline
–          De l’eau de fleur d’oranger (ou du rhum, ou de l’eau, ou tout autre liquide probablement)
–          Mettre la spiruline dans un ramequin et verser le liquide dessus (peu, il doit tout juste recouvrir la spiruline, pas plus) ; mélanger (forme une espèce de pâte)
–          Mélanger la poudre d’amandes et le sucre glace, puis ajouter la pâte précédemment obtenue et malaxer (à la main ou au robot)
–          Au bout de 2-3 minutes, des « grumeaux » se forment
–          Continuer à malaxer ; si après encore 1 ou 2 minutes une pâte de la consistance de la pâte d’amandes ne s’est pas formée, rajouter 1 cc à café de liquide (seul, sans spiruline) voire 2 mais attention, la prise en masse se fait généralement sans prévenir  si l’on met trop de liquide, la pâte sera collante
–          Quand la consistance est bonne, étaler et mettre au frais

Bonne dégustation !
spiruline-du-dauphine-logo
Pour tous renseignements complémentaires, relatifs à la ferme Spiruline du Dauphiné, Suivre le lien www.spiruline-du-dauphine.fr

Autres liens :
– www.spiruliniersdefrance.fr
– www.bienvenue-a-la-ferme.com

Bibliographies : Voir celles déjà mentionnées sur le site « Spiruline du Dauphiné »
– La spiruline pour l’homme et la planète de Michka (avec la collaboration de Jacques Falquet)

Crédit photo: Hey !Oh